l'Autisme

Diversité et difficulté de reconnaissance

L’autisme est un trouble du développement caractérisé par des difficultés dans 3 domaines : le contact avec autrui, la communication et l’imagination. C’est ce que l’on appelle la « triade autistique ». Les difficultés rencontrées par les personnes atteintes d’autisme dans ces trois domaines sont de degrés très divers. Certaines sont socialement très actives, d’autres sont très passives, d’autres encore refusent tout contact. Lorsqu’elles abordent autrui, leur contact est souvent froid, bizarre ou étrange. Certaines personnes autistes ne parlent pas, alors que d’autres sont très bavardes et ont un vocabulaire étendu. Leur communication est souvent superficielle, répétitive et manque de réciprocité. Les personnes autistes n’ont pas seulement des difficultés à s’exprimer de façon intelligible. Leur compréhension de la communication d’autrui, surtout du langage du corps, est qualitativement différente.

Tant pour le contact avec autrui que pour la communication, les personnes autistes manquent d’imagination pour dépasser une perception littérale. Beaucoup de personnes autistes font preuve de fantaisie, parfois même d’une fantaisie démesurée, mais elles manquent d’imagination pour saisir le sens caché derrière l’expression des mimiques, les formules cyniques, les remarques humoristiques ou même des phrases et mots simples (on peut aussi jouer de la musique avec un peigne et le mot « feuille » ne renvoie pas toujours à la feuille d’un arbre… ).

Il résulte de cette triade que le monde est très imprévisible et même parfois menaçant. Ce qui conduit à des comportements rigides et à un certain mode de conduite et à des intérêts restreints. Ceci peut prendre la forme de stéréotypies clairement apparentes, de préoccupations et de routines mais aussi de rituels mentaux moins visibles. Les personnes autistes ont également des difficultés face aux changements (surtout s’ils sont soudains) et elles peuvent parfois avoir du mal à dépasser les situations nouvelles.
A côté de ces caractéristiques typiques de l’autisme, il est aussi question de caractéristiques secondaires comme : des réactions étranges aux stimulations, des troubles du langage, des troubles moteurs, des changements d’humeur, des troubles de l’attention et des problèmes de comportement comme l’automutilation ou l’agressivité.

Classification et diagnostic
La triade autistique est toujours présente mais les formes d’expression concrètes et la sévérité des troubles varient chez un même individu et en fonction de l’âge. Dans la mesure où il n’existe pas de caractéristique typique et unique de l’autisme, il faudra donc, pour établir le diagnostic, mettre en évidence l’apparition concomitante des trois domaines de problèmes cités. En raison de l’hétérogénéité des troubles, on parlera d’un « spectre » de troubles autistiques. Cette expression englobe différentes classifications comme troubles autistiques, syndrome d’Asperger et PDD-NOS. Les caractéristiques autistiques se manifestent très tôt dans le développement. Les signes apparaissent avant la fin de la troisième année, mais le diagnostic est souvent posé plus tardivement. Différencier l’autisme d’autres troubles (du développement) n’est pas toujours facile, parce que les caractéristiques autistiques se confondent parfois avec celles d’autres troubles comme ADHD, troubles de l’attachement, dépression, schizophrénie. De plus, on parle aussi de co-morbidité, d’apparition de l’autisme avec d’autres troubles ou handicaps. Ainsi, l’autisme s’accompagne probablement dans 50 à 75 % des cas d’un déficit intellectuel. Evidemment il y a aussi des personnes autistes très intelligentes.
En raison de l’hétérogénéité des symptômes, il est nécessaire de rechercher un diagnostic large dans un cadre pluridisciplinaire afin de poser un diagnostic sûr. Le diagnostic est toujours posé le plus tôt possible et un diagnostic fiable est en principe envisageable dès la petite enfance, parfois même plus tôt.

Causes et prévalence 
Les caractéristiques autistiques sont la conséquence d’un trouble du fonctionnement cérébral. Il n’est pas encore évident de savoir quelles sont les zones du cerveau qui fonctionnent différemment. Au regard de la complexité des processus psychologiques et des fonctions qui sont touchées dans l’autisme, ce n’est probablement pas une zone spécifique du cerveau qui est concernée mais une ou plusieurs connexions. La cause spécifique de l’autisme n’est pas connue, mais la recherche scientifique apporte de fortes indications en faveur de facteurs génétiques : la charge génétique s’élèverait à environ 90%. Le principe de transmission et la localisation exacte au niveau des chromosomes et des gènes ne sont cependant pas encore connus. En outre, l’autisme apparaît dans certaines conditions qui influencent le développement du cerveau au moment ou directement après la naissance (comme l’anoxie néonatale, des infections virales, l’exposition à des produits toxiques). Ce qui est certain, c’est que l’autisme n’est pas la conséquence d’une négligence émotionnelle ni de la façon selon laquelle un enfant est élevé.

Selon de récentes études de prévalence, les troubles du spectre autistique apparaissent chez environ 1 personne sur 165 (environ 60 sur 10.000). Ce chiffre est beaucoup plus important que les 5 pour 10.000 avancés autrefois. Ces chiffres très élevés, si on les compare aux anciens, sont surtout dus à une meilleure détection, à un meilleur diagnostic et à un élargissement des définitions et des critères. Actuellement, il n’y a pas encore de preuve scientifique de l’hypothèse selon laquelle l’autisme surviendrait plus fréquemment qu’autrefois ou qu’une épidémie ferait des ravages. L’autisme apparaît au moins 3 à 4 fois plus souvent chez les hommes que chez les femmes. C’est surtout dans le groupe des personnes d’intelligence normale que les hommes sont sur-représentés.

Autre traitement de l’information
Le diagnostic d’autisme est posé sur base du comportement. Les causes se situent au niveau biologique, et au niveau du cerveau. Le niveau (neuro) cognitif et psychologique constitue un pont entre les deux. C‘est là que réside l’essence de l’autisme, dans ce qui est intérieur : les personnes atteintes d’autisme se distinguent des autres par une façon différente d’observer, de traiter l’information et de lui donner un sens. Elles observent le monde d’une autre façon. Précisément parce qu’elles observent et interprètent le monde différemment, elles se comportent aussi différemment.

La style cognitif de la personne autiste se caractérise par :

  • Un manque de “cohérence centrale”: les individus autistes s’attachent souvent à des détails (insignifiants), et ils ne voient pas l’ensemble. Par suite, ils prêtent aussi une autre signification à ce qu’ils perçoivent. De plus, ils éprouvent des difficultés à tenir compte du contexte,
  • Un retard de développement de la “théorie de l’esprit”, c’est à dire de la capacité à reconnaître et à comprendre ses propres états mentaux et ceux d’autrui.
  • Un déficit de certaines “fonctions exécutives”, comme le changement d’attention, la planification, l’évaluation et la résolution des problèmes.

Traitement et appréciation
Pour l’instant, une “guérison” de l’autisme est impossible. L’autisme se maintient toute la vie. Nous pouvons cependant atténuer fortement le handicap que constitue l’autisme par un enseignement et un soutien adaptés. LA méthode de traitement de l’autisme n’existe pas.
En raison de la diversité des formes d’expression, un traitement de l’autisme est toujours proposé sur mesure. La recherche scientifique a bien mis en évidence qu’une intervention éducative précoce mettant l’accent sur l’apprentissage de capacités fonctionnelles, comme la communication et l’autonomie personnelle, influence positivement l’évolution des troubles. Parce que l’autisme est un handicap “envahissant” ou intrusif, l’apprentissage de capacités et de connaissances ne suffit pas. Les personnes autistes ont également besoin d’un environnement adapté à leurs difficultés et limitations, un environnement agréable par rapport à l’autisme. Le plus important est un mode de communication adapté. Une grande partie du langage est saisi par la personne autiste de façon littérale, il n’est compris qu’en partie ou même pas du tout. Les formes d’expression, le langage du corps et les indices sociaux sont généralement pour elle inintelligibles. C’est pourquoi les messages sont de préférence transmis de façon très concrète, en évitant le sens figuré et sans surcharge verbale et non-verbale. Dites clairement ce que vous voulez dire. Les aides visuelles, comme l’écrit, les dessins, les photos, les objets, … peuvent s’avérer un soutien (de vie) indispensable. Un problème de comportement est souvent une réaction à des expériences inquiétantes ou troublantes. Il est donc préférable que vous ne le preniez pas personnellement. Les personnes atteintes d’autisme sont souvent hypersensibles à des stimulations précises, et peuvent même à des niveaux « ordinaires » de bruit et de lumière se détourner ou être fortement gênées. L’adaptation de l’environnement est ici aussi une nécessité.

Par « autisme » nous entendons tous les troubles du spectre autistique allant de la personne atteinte d’autisme avec une déficience intellectuelle associée, à la personne ayant un syndrome d’Asperger.

[1] Troubles envahissants du développement non spécifiés